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  • Tantracoeur

En chemin vers une sexualité sacrée

Updated: Aug 12


Texte écrit à deux voix par Christine Goury et Patrick Houpert


Le difficile chemin pour devenir un Homme. (Patrick)

Très jeune, l’homme découvre la sensation de puissance que lui procure son érection. Par la masturbation, il se centre petit à petit sur cette énergie qui parfois peut virer à une forme d’obsession. Alors, face à la femme, il n’a de cesse que de chercher à partager cette énergie…allant parfois même jusqu’à malheureusement l’imposer. Et comme personne n’a pris le temps de le lui enseigner, il n’imagine sa sexualité que par cette érection, par son désir de pénétrer, de prendre et d’assouvir son désir.



Il faut du temps pour “désa-prendre”, ne plus chercher à prendre, à posséder, ne plus rechercher le but. Il nous faut, nous les Hommes, accepter de perdre ce que l’on croit être le plus important, pour pouvoir ouvrir la porte de notre cœur et partir à la découverte de nouvelles sensations. L’homme est enfermé dans ce sexe dressé, ne recherchant trop souvent que la libération mécanique et n’attendant de la femme que cette simple et unique pseudo masturbation, imaginant que c’est cela une sexualité épanouie.


Et la femme qui n’en sait guère plus (même si, intuitivement, elle sait mais ne s’écoute pas), en voulant lui faire plaisir (sans chercher à l’honorer vraiment, mais en pensant qu’elle en sera plus aimée) le maintien dans ce pauvre registre. Et nous sommes, l’un et l’autre, bien éloignée de tous les plaisirs que peut offrir une sexualité sacrée, c’est à dire connectée (à soi et à l’autre).


Pour ma part, depuis mon adolescence, j’ai oscillé entre deux directions, entre deux désirs. D’un côté, je sentais la puissance de mon érection, ce membre qui vit par lui-même, qui se manifeste tout seul et pas forcément à des moments que je jugeais opportuns (je me rappelle combien de fois j’ai bandé à la messe et le prêtre n’y était pour rien !!!!) En même temps, dans l’expression de ma sexualité, je sentais que la pénétration et la seule éjaculation ne m’apportait pas grand-chose, qu’elle était tellement limitée. Je sentais au fond de moi que si la sexualité ne résidait que dans cette simple équation pénétration/éjaculation, alors, c’était très frustrant.

A la fois je ne pensais qu’à mon érection, à mon désir, en ayant beaucoup de mal à le gérer, mais aussi je ne pouvais pas imaginer, que devant la beauté de toute la création, mon corps et mon sexe n’ait été créé que pour 10 secondes de plaisir. Point. Cela ne correspondait pas à ma perception du Divin et de ma propre divinité… Car curieusement, chaque fois que j’avais éjaculé… je ne me sentais pas pleinement satisfait et mon seul but était de recommencer, encore et encore … d'où cet enfermement !!!


Souvent, les femmes disent de l’homme qu’il ne pense qu’à ça. Et vous croyez que c’est par choix ??? Chaque matin, plusieurs fois par jour notre sexe se rappelle à notre bon souvenir, sans qu’on le demande !! Je pense que la femme ne peut pas imaginer combien, notamment quand on est jeune, cette érection se manifeste 10, 15, 20 fois par jour ! Combien à la plage, par exemple, vous tenez à rester allongé sur le ventre pour ne pas avoir à montrer la bosse qui se forme dans votre maillot… Contrairement à vous, les femmes, notre sexe est extérieur à nous. Vous l’avez peut-être déjà constaté, si vous regardez de près, il bouge tout seul. La peau des testicules est quasiment en permanence en mouvement. Et puis, par le fait même d’uriner, nous tenons notre sexe entre nos doigts. Nous avons donc un contact sensible et tactile plusieurs fois par jour avec lui.


Alors le désir fait vraiment partie de notre quotidien. Mais paradoxalement, ayant du désir, si je l'assouvis, quasiment immédiatement, je me retrouve confronté au vide, au manque… qui me pousse à chercher absolument à recommencer comme une sorte de drogue … Et comme pour toute substance addictive, peu à peu, la substance (en l'occurrence l’érection et le désir éjaculatoire) domine et devient obsession.


Trop souvent les femmes subissent le poids de l’érection, mais l’homme aussi subit lui-même ce poids qui lui ôte parfois toute autre pensée que celle d’assouvir, d’assouvir et d’assouvir encore.

Oui, le sexe fait bien parti de notre humanité, de notre incarnation. La seule difficulté c’est que ce n’est pas une réalité que l’on intègre facilement. C’est une boule d’énergie qui, pour les hommes surtout, apparaît tout à coup, avec la puberté, sans que l’ados n'ait eu le moindre mode d’emploi (en l’occurrence, il n’a souvent aujourd’hui que la pornographie), le moindre accompagnement.



Et la femme dans tout cela. Qu’en est-il de son côté ? (Christine)

Pour ma part, la sexualité n’a jamais été un enfermement, car le sexe, j’y pensais peu. Je souhaitais plus une relation amoureuse qu’une relation sexuelle, et la relation sexuelle était alors la concrétisation d’une relation amoureuse. Quand j’entends parler Patrick de la vie autonome de son sexe et du sexe de tous les Hommes, je sens toute la différence qui d’ailleurs parfois nous sépare entre homme et femme. Je comprends mieux pourquoi la femme peut même se sentir agressée par toute cette recherche et cette équation érection = éjaculation.


Du coup, en tant que femme, je sens à travers cet écrit, comme nous les femmes nous pouvons avoir le sentiment parfois lors de nos rencontres d’être un réceptacle, un exutoire des tensions de l’homme quand celui-ci court d’érection en érection, pour arriver à sa seule satisfaction. Et nous, où sommes-nous dans cette satisfaction du masculin ? Et c’est là où le bât blesse et qu’il est nécessaire d’entrer dans une autre sexualité.

Laisser partir cette sexualité vide de sens et pauvre pour entrer ensemble dans quelque chose de plus riche, de plus profond, de plus épanouissant ou chacun va prendre la responsabilité de l’acte amoureux.


Dans mes précédentes rencontres avec le masculin, je me rappelle qu’avant, pour être aimé, je faisais ou croyais faire ce que l’homme souhaitait et recherchait et du coup je m’oubliais. J’ai même souvent fait l’amour pour éviter que l’homme à mes côtés n’aille voir ailleurs ou ne soit de mauvaise humeur. Je pratiquais moi-même une sexualité pauvre, tournée vers le plaisir de l’homme et non du mien. Je faisais passer l’autre avant moi, jusqu’à ce que je rencontre Patrick.

Là, tout a changé. Je crois que l’âge avançant, une authenticité dans nos rapports et notre relation s’est imposée d’elle-même. Non, je ne voulais plus faire l’amour pour l’autre, mais par contre je sentais l’envie d’être en amour ensemble et de trouver ensemble un autre chemin.







Et la sexualité devient paisible. (Patrick)

Oui, avec l’âge, mais aussi avec le travail que j’ai effectué pendant de longues années sur moi-même et bien sûr, au travers de ma rencontre avec Christine, ma sexualité a évoluée. Elle s’est épanouie et surtout, elle s’est apaisée. Quel bonheur, en vieillissant et à mesure que les érections se sont faites moins fermes et moins présentes, de pouvoir entrer dans des espaces tellement espérés sans avoir vraiment su les trouver auparavant.


Avec Christine, ma douce et tendre compagne, les débuts de notre relation ont été assez sexués et sexuels, mais très vite une autre dimension a aussi pris sa place : la tendresse. Une dimension dont je rêvais mais que je n’avais jamais encore vécu. Pas un truc mièvre ou cucul, non non, des gestes simples, quotidiens : une main qui se pose sur l’autre, une caresse sur l’épaule, un bisou, se prendre dans les bras, s’enlacer chaque soir au coucher et chaque matin au lever, marcher bras dessus bras dessous ou la main dans la main, mettre une musique et danser ensemble pendant 3mn, bref, tout pleins de gestes qui se répètent à l’infini et qui sont pourtant chaque fois comme une présence nouvelle à soi et à l’autre. Car dans ces gestes est contenu tout notre amour. Et cet amour est lui-même différent à chaque seconde, plus profond, plus émerveillant, plus nourrissant.

Nourrissant, c’est bien le mot qui me convient.


Ce que l’Univers m’apprend au côté de ma douce, c’est à me nourrir autrement mais tellement plus profondément. Bien sûr, la sexualité génitale est toujours présente, au gré de nos envies, sans plus être soumise au dictat de mon érection ou d’un quelconque but. Faire l’amour (bien que je n’aime pas cette expression), ne se limite pas à un acte génital mais devient un partage d’énergie qui peut se vivre à chaque instant.

La génitalité peut être présente ou absente, cela ne change rien à ma présence, à la rencontre, au partage. Petit à petit, je quitte l’enjeu de mon érection (même si parfois, comme une faim qui tenaille, elle revient se manifester, je ne vais pas vous mentir… !).

Et du coup, toute la tendresse permanente que nous partageons me nourrit à l’intérieur et me permet d’ôter l’injonction que je croyais essentielle : érection/éjaculation. Quelle paix !!!! Et mon érection, au lieu d’être une tension, devient une simple énergie. Elle devient l’expression extérieure de mon énergie intérieure de l’instant, mais cette expression n’implique rien de plus. Elle est avant tout une énergie pour moi-même, sans besoin d’en faire quelque chose. Et si l’espace qu’elle propose correspond, dans l’instant, à l’énergie de Christine, alors nous la partageons.




La sexualité, un des moteurs de la rencontre (Chris)

Oui, avec Patrick, les débuts de notre relation ont été sexués et assez sexuels. Tout simplement parce que, poussés par les hormones du désir au tout début de la rencontre, les corps ont cette puissance du désir, à se trouver, se rencontrer, se parler… et que c’est un des premiers moteurs de toute rencontre.

Notre relation au début à donc été aussi nourrit de sexe, d’expériences multiples pour enlever nos tabous, nous déformater, apprendre à se connaître, se confronter aussi. Nous avons travaillé pendant quelque week-end avec un groupe pour expérimenter notre relation au corps, notre jalousie, nos envies ou non envies, nos fantasmes…


Dans le même temps, nous avons regardé aussi comment nous réagissions face au libertinage, pour apprendre de nous et des autres et sentir ce qui nous convenait ou non. Nous avons été “visiter” à 3 reprises les clubs échangistes pour nous rendre compte que ces clubs n’étaient pas fait pour nous. Mais là-bas, dans un espace privé, rien que pour nous, nous avons eu la révélation du premier de nos stages : “la sexualité du cœur”.

Gratitude, rien que pour cela, car la rencontre de ce lieu nous a montré l’importance du sens à donner à la sexualité, pour nous et pour celles et ceux que nous allions être amenés à accompagner dans nos stages.

Cela nous a permis de sentir le fossé et le manque qu’il nous semblait peut-être exister dans ce type de lieu (sans aucun jugement de notre part), si l’on ne recherche que le sexe pour le sexe.

Cela nous a mis aussi dans une ouverture d’esprit vis-à-vis de ce que l’on peut vivre en matière de sexualité (non exclusivité, non genrée, multipartenaires, polyamour…) pour mieux accompagner les personnes dans nos stages.


Aujourd’hui, je pense que pour entrer dans l’amour, avec son partenaire, il est important d’entrer ensemble dans l’amour de soi et de l’autre. Pour y être, l’essentiel est avant tout de se respecter dans ce que l’on veut dans nos rythmes et nos envies, pour faire émerger ce que l’on peut vouloir ensemble et entrer dans le Nous. Il n’y a rien à imposer à l’autre et rien à chercher.

Juste, être dans l’instant présent, qui va permettre à cette magie de se révéler.


Comme exemple, j’ai envie d’évoquer ces moments de rencontres à côté de la cheminée où, tout d’un coup, l’un des deux va inviter l’autre à venir partager un moment particulier.

Le feu crépite, les lumières sont tamisées, la musique joue une douce mélodie et l’un en face de l’autre nous faisons notre “namasté”, pour démarrer ce temps. Ce namasté qui déjà par lui-même ouvre cet espace sacré de la rencontre. Mains jointes, nos deux fronts se rapprochent, pour honorer l’autre dans sa divinité et créer ainsi ce moment d’exception. Puis le massage commence, et on ne sait pas à l’avance comment va se terminer la rencontre. Nous ne sommes pas dans le but, nous accueillons l’instant présent et je pense que c’est cela qui est essentiel, vivre un moment d’amour partagé.





Alors quel chemin ? (Patrick)

Je crois que pour nous les hommes, il est temps de découvrir que notre sexualité ne réside pas dans notre potentielle érection (et parfois du drame lorsqu’elle n’est pas ou plus au rendez-vous) et encore moins dans la seule pénétration. Vous les femmes, apprenez-nous. Ne jouez pas le jeu de l’activation mécanique du sexe masculin par un pauvre va-et-vient, ne nous limitez pas à cette seule caresse. Nous méritons mieux que cela, et vous méritez tellement mieux vous aussi.

Quel bonheur que d’apprendre la lenteur, le slow-sex, c'est-à-dire à ne plus rien chercher, ne plus rien attendre. Ressentir les vibrations, bien plus fines que le pic orgasmique, mais tellement plus profondes.

Découvrir, dans la pénétration, l’immobilité, sentir dans le non-mouvement, que le mouvement intérieur lui est toujours bien présent, que c’est notre corps intérieur qui entre en vibration là où le corps physique ne fait plus rien. Explorer la pénétration sans érection… Le chemin devient tellement vaste, infini et sacré (c’est-à-dire relié à l’univers).



Comment entrer dans un jeu amoureux? (Christine)

Je pense aujourd’hui que la sexualité est une découverte et un jeu amoureux à deux. Et pour sortir des mécaniques connues et pauvres, il nous faut inventer, explorer, oser, mais aussi nous amuser en confiance et en respect. Sinon, le risque c’est d’entrer dans l’ennui ou même l’envie d’aller chercher à l'extérieur ce que l’on trouve moins à l'intérieur de son couple. Chercher de plus en plus stimulations ou excitations. Mais l’amour à mon sens n’est pas cela ou en tout cas, ne doit pas devenir que cette quête sans fin.


C’est à deux qu’on invente chaque jour l’amour, et c’est de la responsabilité de chacun des deux.

Moi en tant que femme, j’ai cherché d’autres manières d’aller dans l’amour avec Patrick. Je l’ai initié à des sensations qu’il ne connaissait pas. Je n’ai pas voulu rester sur ce “va et vient” qui ne me convenait pas non plus. J’ai cherché comment amener d’autres sensations dans la montée très lente et progressive du désir.

En faisant moins, comment aller plus loin. Découvrir plus de choses. Comment jouer avec ses parties intimes tout en m’amusant moi-même. Comment lui faire découvrir des sensations internes, plus féminines…


La femme peut et doit être aussi initiatrice et c’est à cette condition qu’elle peut amener l’homme sur un tout autre terrain de jeu qui soit satisfaisant pour les deux. Mais pour cela il faut beaucoup communiquer, échanger, se dire… Dire aussi à l’homme qu’on aime, que la pénétration, c’est bien par moment mais que ce n’est pas une fin en soi et qu’il y a plein d’autres manières d’être en amour ensemble.

Que la pénétration systématique est aussi pesante pour nous les femmes. Qu’il est important d’ouvrir d’autres espaces...

A partir de ce moment, l’homme lui aussi va changer sa manière de faire et d’être, il va à son tour proposer d’autres choses à la femme, d’autres manières d’arriver au plaisir.


Pour ma part, c’est par la douceur du massage interne que Patrick m’a offert, que j’ai pu découvrir et révéler ma source. Et c’est à chaque fois quelque chose qui me surprend et qui est d’une extrême douceur à vivre. Un cadeau pour nous deux. Et cela se fait justement par la lenteur du mouvement, bien loin de la stimulation proposée dans la pornographie. La lenteur permet le lâcher-prise et l’abandon. Elle ouvre à d’autres dimensions. Mais cela n’est possible que parce que l’autre n’attend rien non plus. Pour que ma source coule, il est bon que Patrick ne cherche pas à la faire couler mais qu’il soit juste présent à moi, sans aucun but.

Oui j’insiste sans aucun but, car lorsque la femme sent le but de l’homme, soit elle bloque ses sensations, soit elle essaye de répondre à l’attente de l’homme et alors elle n’est plus vraiment dans son authenticité, elle le rassure ou veut lui fait plaisir à son propre détriment.


Alors oui, l’amour c’est une expérience à deux, une expérience qu’il est bon d’entretenir pour la voir s’expanser et grandir… Et là il n’y a plus de vide, de manque à combler, car ensemble on est tout simplement rempli.




Etre ensemble en amour pour entrer dans le Nous (Patrick)

Voilà, vous, les Femmes, méritez que l’homme s’agenouille devant votre temple avant, parfois, d’être invité à y entrer (ce qui n’est jamais un dû !!!). Qu’il laisse son armure pour se présenter dans toute la puissance de son masculin, respectueux, attentionné, précautionneux et à votre écoute.

En aidant l’homme à lâcher le but, vous vous libérez vous-même de ce poids qui vous emprisonne, de ces carcans dont vous ne voulez plus.

Vous ouvrez la porte pour partir à la découverte, ENSEMBLE, d’espaces nouveaux, d’horizons vierges et inconnus, de sensations et de

Francesca Marta Volchitza

vibrations tellement plus subtiles et profondes.

En entrant dans la lenteur, et parfois même dans l’immobilité, vous pourrez goûter à l’harmonie du mouvement Divin. Il n’y a rien à faire, rien à chercher, juste à accepter d’être là, présent à soi, présent à l’autre et entrer dans la magie de l’instant.


(retrouvez tous ces tableaux d'illustration sur le site Francesca Marta Volchitza)



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